Backyard ultra : la règle, les records et comment s’y préparer

Trail · Ultra-endurance

Backyard ultra : la règle, les records et comment s’y préparer

Coureur sortant du sas de départ d'une backyard ultra au petit matin, en forêt de Chartreuse, chaises pliantes et table de ravitaillement sous un barnum

La backyard ultra est une course d’ultra-endurance sans distance ni ligne d’arrivée : toutes les heures, au coup de sifflet, chaque coureur repart pour une boucle de 6,706 km et doit la boucler en moins de 60 minutes. Celui qui rate un départ ou rentre hors délai est éliminé. Le vainqueur est le dernier à terminer une boucle seul, quand tous les autres ont abandonné. Le format a été inventé en 2011 par Gary « Lazarus Lake » Cantrell, l’organisateur de la course de Barkley, et son record du monde vient d’être porté à 124 boucles, soit 831,5 km en 124 heures, par les Belges Merijn Geerts et Ivo Steyaert en octobre 2026. Voici la règle exacte, la progression des records, la place de la France et la manière de préparer sa première backyard.

Cette page traite d’entraînement et de performance, pas de santé. Une course de plusieurs heures, voire de plusieurs jours sans vrai sommeil, est un effort extrême : faites le point avec un médecin du sport avant de vous engager sur une backyard.

Backyard ultra : la règle officielle en 7 points

Le règlement tient en sept articles, publiés sur le site officiel de la Big’s Backyard Ultra. Toute course qui veut être reconnue comme backyard, et compter pour le classement mondial, doit les appliquer.

Règlement officiel de la backyard ultra
ArticleCe que dit la règle
Parcoursune boucle ou un aller-retour de 4 miles et 880 pieds, soit 6,7056 km
Sas de départdimensionné pour tout le peloton, il garde la même taille jusqu’à la fin ; chaque coureur doit y être au signal
Départschaque boucle part exactement une heure après la précédente, avec des signaux 3, 2 et 1 minutes avant ; aucun départ en retard
Pendant la boucleinterdiction de quitter le parcours (sauf toilettes), aucune aide personnelle, aucun bâton, ravitaillements communs autorisés
Délaichaque boucle, y compris la dernière, doit être finie en moins d’une heure
Classementle vainqueur est le dernier à terminer une boucle ; tous les autres sont « DNF » et classés à la distance parcourue
Duréela course est sans limite : aucun nombre de tours maximal

Trois cas d’élimination reviennent dans les feuilles de résultats : Over (boucle terminée au-delà de 60 minutes), RTC (refuse to continue, le coureur ne se présente pas au départ) et DNC (did not complete, il part mais ne finit pas la boucle).

Le point qui surprend le plus est la fin. Le vainqueur doit faire un tour de plus que tous les autres, seul, puis s’arrêter, même s’il pourrait continuer. Si les deux derniers coureurs s’arrêtent ensemble, personne ne gagne. C’est ce qui est arrivé lors des deux records du duo belge Geerts-Steyaert : à 101 boucles en 2022, puis à 124 boucles en 2026, ils ont choisi de finir côte à côte.

Une course « à élimination » limitée à 24 ou 36 heures n’est pas une backyard au sens du règlement : la règle 7 impose une course sans fin.

Pourquoi 6,706 km : le calcul de Lazarus Lake

L’idée de départ est simple : courir 100 miles en une journée, à raison d’une boucle par heure. 100 miles divisés par 24 heures donnent 4,167 miles, soit 6,706 km par heure. Le format est né en 2011 dans le Tennessee, à Bell Buckle, sur le terrain de Gary Cantrell, d’où le nom de backyard (l’arrière-cour). La course d’origine, la Big’s Backyard Ultra, porte le nom de son chien, Big ; l’édition individuelle du championnat du monde s’y court toujours sous le nom de Big Dog’s Backyard Ultra.

Cette distance fixe transforme la course en calcul d’heures. Le tableau ci-dessous donne la distance cumulée aux paliers qui comptent dans la discipline.

Distance cumulée par nombre de boucles
BouclesDuréeDistance cumulée
11 h6,7 km
77 h46,9 km
2424 h160,9 km (100 miles)
482 jours321,9 km (200 miles)
753 jours et 3 h502,9 km
1004 jours et 4 h670,6 km
1245 jours et 4 h831,5 km

La vitesse minimale est donc de 6,7 km/h, une allure de marche rapide. Personne ne court vite : les meilleurs bouclent souvent en 45 à 55 minutes, soit 7,3 à 8,9 km/h, et gardent le reste de l’heure pour manger, boire et s’asseoir. C’est cette contrainte qui rend la course si particulière : l’adversaire n’est pas la distance, c’est l’accumulation des heures sans vrai sommeil.

Records du monde : de 75 à 124 boucles en six ans

Les records ont progressé presque chaque année depuis 2020, souvent lors des championnats du monde, où des coureurs de niveau égal se poussent mutuellement. Ce tableau reprend la progression du record masculin (et toutes catégories) relevée par l’article Wikipédia consacré à la discipline, à jour au 22 octobre 2026.

Progression du record du monde de backyard ultra
BouclesDistanceCoureur(s)CourseDate
75503 kmKarel Sabbe (Belgique)championnat du monde par équipesoctobre 2020
81543 kmJohn Stocker (Royaume-Uni)Suffolk Backyard Ultrajuin 2021
85570 kmHarvey Lewis (États-Unis)Big Dog’s Backyard Ultraoctobre 2021
90604 kmMerijn Geerts (Belgique)Backyard Masters, Rettertmai 2022
101677 kmMerijn Geerts et Ivo Steyaertchampionnat du monde par équipesoctobre 2022
102684 kmPhil Gore (Australie)Dead Cow Gullyjuin 2023
108724 kmHarvey LewisBig Dog’s Backyard Ultraoctobre 2023
110738 kmGeerts, Steyaert et Frank Gielenchampionnat du monde par équipesoctobre 2024
116778 kmŁukasz Wróbel (Pologne)Legends Backyard, Belgiqueavril 2025
119798 kmPhil GoreDead Cow Gullyjuin 2025
124831,5 kmIvo Steyaert et Merijn Geertschampionnat du monde par équipes, Belgique22 octobre 2026

Chez les femmes, la progression est aussi rapide : 68 boucles pour Courtney Dauwalter en 2020, 74 pour Jennifer Russo en 2023, 87 pour Megan Eckert en 2024, puis 95 boucles (637 km) pour la Britannique Sarah Perry lors du championnat du monde individuel d’octobre 2025.

Le record de 2026 a une particularité : il ne compte aucun vainqueur. Après 124 heures, Geerts et Steyaert ont terminé ensemble, comme en 2022. Selon la règle, ils sont donc tous deux classés « DNF », avec la meilleure distance jamais courue dans la discipline.

Les championnats du monde : individuels et par équipes

Il existe deux championnats du monde, qui alternent :

  • Les années impaires, le championnat individuel réunit à Bell Buckle les coureurs qualifiés par leurs résultats. Harvey Lewis l’a gagné en 2021 (85 boucles) et 2023 (108), Phil Gore en 2025 (114 boucles, après l’arrêt d’Ivo Steyaert à 113).
  • Les années paires, le championnat par équipes nationales se court partout en même temps : chaque pays organise sa propre course, avec 15 coureurs, et tous les départs sont donnés à la même minute sur la planète. Le score d’une nation est la somme des boucles de ses quinze coureurs.

En 2026, le départ a été donné le 17 octobre. D’après les résultats officiels du championnat par équipes, les États-Unis l’emportent avec 1 120 boucles, devant l’Australie (1 069) et la Belgique (1 058), dont la course a duré le plus longtemps, jusqu’à la 124e boucle. La Belgique détient toujours le record par équipes, 1 147 boucles, établi en 2024.

La backyard en France : records et courses

La France a longtemps vécu sur la victoire de Guillaume Calmettes à la Big’s Backyard Ultra de 2017, avec 59 boucles. Le niveau a ensuite décollé : 63 boucles pour Nicolas Cointepas à Monteux en 2023, 77 pour Christophe Baud aux championnats du monde la même année, 84 pour Cointepas en 2024, 86 pour Christophe Rouat en 2025, puis 105 boucles pour Nicolas Cointepas à Bell Buckle en octobre 2025, l’actuel record de France.

Pour les championnats par équipes 2026, la sélection française courait à Bacqueville-en-Caux (Seine-Maritime), du 17 au 21 octobre. Selon le bilan publié par Backyard Ultra France, l’équipe termine 6e nation avec 889 boucles, son meilleur total aux Mondiaux (847 en 2024). Christophe Baud y passe une deuxième fois la barre des 100 boucles (101), Julien Pierlot entre dans le « club des 100 » (100 boucles) et Sonia Poutrel établit le record de France féminin avec 72 boucles.

Les courses ne manquent plus. Les plus connues :

  • Chartreuse Backyard Ultra, à Saint-Laurent-du-Pont (Isère), sur les bords du Guiers, organisatrice du premier championnat de France en 2020 ;
  • Ultra Tour du Lac de Monteux (Vaucluse), théâtre de plusieurs records de France ;
  • le circuit Infinity Trail (Hossegor, Pavilly, Dijon, île d’Aix…) ;
  • les épreuves Paris Backyard Ultra, et les courses qui reprennent le nom francophone du format, « le dernier homme debout ».

La sélection en équipe de France est la seule porte d’entrée vers le championnat du monde individuel : quinze coureurs, renouvelés chaque année selon leurs performances.

Comment se préparer à une backyard ultra

Une backyard se prépare comme un ultra, avec une différence de taille : vous ne cherchez pas à aller vite, vous cherchez à répéter la même heure le plus longtemps possible. La plupart des coureurs visent un premier objectif de 7 boucles (46,9 km, une distance de marathon allongée), puis 12 (80 km), puis 24 (les 100 miles).

Trouver son temps de boucle

Le bon temps de boucle laisse 6 à 12 minutes de pause : entre 48 et 54 minutes, soit 7,5 à 8,4 km/h. Plus rapide, vous usez les jambes sans rien gagner, puisque tout le monde repart à la même heure. Plus lent, la pause disparaît et la moindre difficulté vous met hors délai. Sur un parcours de trail avec du dénivelé, beaucoup de coureurs marchent les montées dès la première boucle. Pour situer votre allure, le guide de l’endurance fondamentale explique comment courir assez lentement pour durer.

Trouver son temps de boucle
Temps de boucleVitesse moyennePause avant le départ suivant
45 min8,9 km/h15 min
50 min8,0 km/h10 min
54 min7,5 km/h6 min
58 min6,9 km/h2 min

Organiser chaque heure

L’heure d’un coureur de backyard suit toujours le même schéma : courir, entrer dans la zone d’assistance, boire et manger, aller aux toilettes, changer ce qui doit l’être, s’asseoir quelques minutes, puis revenir au sas avant le signal des 3 minutes. Préparez votre table pour que tout tienne en un geste : bouteilles déjà remplies, aliments coupés, vêtements de nuit rangés dans l’ordre. Une erreur d’organisation se paie en minutes de repos perdues, heure après heure.

L’entraînement : du volume lent et des répétitions

  • Le volume : la base reste l’endurance fondamentale, sur plusieurs mois. Une backyard de 12 ou 24 boucles demande les mêmes semaines qu’un premier ultra de 80 à 160 km.
  • Les sorties longues enchaînées : deux sorties longues le samedi et le dimanche habituent les jambes à repartir fatiguées.
  • La marche active : entraînez-vous à alterner course et marche rapide, l’allure réelle de la plupart des boucles.
  • La simulation : courez 4 à 6 boucles de 6,7 km, départ à chaque heure pile, avec votre table de ravitaillement. C’est le meilleur test de votre temps de boucle et de votre routine.
  • La nuit : au moins une sortie à la frontale, sur un parcours connu, pour tester le matériel et la baisse de vigilance.
  • La récupération : un bloc de volume se digère pendant les semaines plus légères qui suivent ; le principe de la surcompensation aide à placer l’affûtage avant la course.

L’alimentation et le sommeil

Sur une course qui dure une nuit ou plus, la boucle est le bon métronome : boire et manger à chaque passage, un peu, plutôt que beaucoup de temps en temps. Les coureurs alternent aliments salés et sucrés et testent tout à l’entraînement, comme le rappelle notre guide de l’alimentation running. Pour le sommeil, il n’y a pas de vraie nuit : les longues backyard se courent avec des micro-siestes de quelques minutes prises pendant la pause, une technique à n’essayer qu’en connaissant ses réactions à la fatigue.

Les erreurs fréquentes sur une première backyard

  • Partir trop vite : boucler en 40 minutes ne rapporte rien, puisque tout le monde repart ensemble ; cela coûte des heures plus tard.
  • Négliger la zone d’assistance : une table désordonnée fait perdre la pause, qui est votre seule récupération.
  • Attendre la soif ou la faim : au bout de 10 heures, le retard ne se rattrape plus.
  • Viser la victoire : sur une première backyard, l’objectif est un nombre de boucles, pas la dernière place debout.
  • Oublier le signal : un départ manqué, même de quelques secondes, c’est l’élimination. Restez près du sas dès le signal des 3 minutes.

Questions fréquentes

C'est quoi une backyard ultra ?

Une course d’ultra-endurance à élimination : toutes les heures, chaque coureur doit parcourir une boucle de 6,706 km en moins de 60 minutes. La course continue tant qu’il reste des coureurs ; le vainqueur est le dernier à boucler un tour seul.

Pourquoi une boucle de 6,706 km ?

Parce que 24 boucles de 6,706 km font exactement 100 miles (160,9 km) en 24 heures. C’est le calcul de départ de Gary « Lazarus Lake » Cantrell, l’inventeur du format en 2011.

Quel est le record du monde de backyard ultra ?

124 boucles, soit 831,5 km en 124 heures, par les Belges Ivo Steyaert et Merijn Geerts le 22 octobre 2026, lors du championnat du monde par équipes. Ils ont fini ensemble, donc sans vainqueur. Le record féminin est de 95 boucles, par Sarah Perry en 2025.

Quel est le record de France de backyard ?

105 boucles pour Nicolas Cointepas, au championnat du monde individuel de Bell Buckle en octobre 2025. Le record de France féminin est de 72 boucles, établi par Sonia Poutrel en octobre 2026 avec l’équipe de France.

Que se passe-t-il si personne ne finit seul ?

Il n’y a pas de vainqueur. Tous les coureurs sont classés « DNF », avec leur nombre de boucles. C’est arrivé lors des records belges de 2022 (101 boucles) et de 2026 (124 boucles).

Peut-on marcher pendant une backyard ultra ?

Oui. La règle impose seulement de finir chaque boucle en moins d’une heure, soit 6,7 km/h de moyenne. La plupart des coureurs marchent les montées et certaines portions, surtout la nuit.

Positive Nation
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.