Origine du marathon : de la légende grecque aux 42,195 km
Le marathon doit son nom à la bataille de Marathon, gagnée par les Athéniens contre les Perses en 490 av. J.-C., et à la légende d’un messager qui aurait couru d’une traite jusqu’à Athènes, à environ 40 km, pour annoncer la victoire avant de mourir. La course elle-même est bien plus récente : elle a été inventée en 1894 par un linguiste français, Michel Bréal, et courue pour la première fois aux Jeux olympiques d’Athènes en 1896, sur environ 40 km. Les 42,195 km viennent d’ailleurs : du parcours des Jeux de Londres en 1908, tracé du château de Windsor jusqu’à la loge royale du stade, puis rendu officiel en 1921. Voici ce que disent vraiment les textes antiques, et comment une légende est devenue la distance la plus célèbre de la course à pied.
Cette page traite d’histoire de la course à pied, pas de santé. Le messager mort à l’arrivée appartient à la légende : un marathon se prépare sur plusieurs mois, à une allure adaptée à son niveau, et ne se court pas comme un sprint de 40 km.
La légende : un messager de Marathon à Athènes
En 490 av. J.-C., une armée perse débarque dans la plaine de Marathon, au nord-est d’Athènes. Les Athéniens, aidés des Platéens, l’emportent. Selon la version que tout le monde connaît, un soldat-messager part aussitôt vers Athènes pour annoncer la nouvelle. Il court environ 40 km, entre dans la ville, lance « Réjouissez-vous, nous sommes vainqueurs ! » et s’effondre, mort d’épuisement.
C’est cette scène, courte, dramatique et facile à retenir, que la course moderne a voulu commémorer. Le problème, c’est qu’elle n’apparaît dans aucun texte écrit au moment des faits, ni même dans le siècle qui suit.
La distance entre Marathon et Athènes dépend de la route : environ 40 km par le sud, en contournant le mont Pentélique, un peu moins par le nord, plus montagneux.
Ce que disent vraiment les textes antiques
Le seul historien proche de l’événement, Hérodote, écrit une soixantaine d’années après la bataille. Il raconte bien une course, mais pas celle-là : avant le combat, les stratèges athéniens envoient un coureur de métier, Philippidès, demander l’aide de Sparte. D’après Hérodote, il arrive à Sparte le lendemain de son départ d’Athènes, soit plus de 200 km en moins de deux jours. Les Spartiates répondent qu’ils ne peuvent pas partir avant la pleine lune.
Hérodote rapporte aussi un autre trajet entre Marathon et Athènes, mais collectif : après la victoire, l’armée athénienne rentre en ville aussi vite qu’elle le peut, pour devancer la flotte perse qui fait voile vers Athènes. C’est une marche forcée de soldats en armes, pas la course d’un messager.
Le messager mourant n’apparaît que cinq à six siècles plus tard. Dans un essai sur la gloire d’Athènes, Plutarque cite Héraclide du Pont, pour qui le premier à annoncer la victoire fut un certain Thersippos ; mais, ajoute-t-il, la plupart des auteurs nomment Euclès, qui serait mort en prononçant ses dernières paroles de victoire. Au IIe siècle de notre ère, Lucien de Samosate attribue la même scène à Philippidès : c’est la fusion des deux histoires, le coureur d’Hérodote devenant le messager de Marathon.
| Source | Époque | Coureur | Trajet raconté |
|---|---|---|---|
| Hérodote, Histoires | Ve siècle av. J.-C. | Philippidès | Athènes → Sparte, avant la bataille |
| Hérodote, Histoires | Ve siècle av. J.-C. | l’armée athénienne | Marathon → Athènes, en marche forcée |
| Plutarque, La Gloire des Athéniens | Ier-IIe siècle apr. J.-C. | Thersippos ou Euclès | Marathon → Athènes, le messager meurt |
| Lucien de Samosate | IIe siècle apr. J.-C. | Philippidès | Marathon → Athènes, le messager meurt |
En pratique : la course de Marathon à Athènes est une légende tardive. Le seul exploit de coureur rapporté par un auteur proche des faits, c’est l’aller vers Sparte.
Athènes 1896 : le premier marathon olympique
Le 10 avril 1896, les coureurs partent du village de Marathon et rejoignent le stade Panathénaïque d’Athènes, devant une foule estimée à 100 000 personnes. La course mesure environ 40 km. Elle est gagnée par un Grec, Spyrídon Loúis, porteur d’eau originaire de Maroussi, en 2 h 58 min 50 s. Après des Jeux sans victoire grecque en athlétisme, il devient un héros national.
La coupe de Bréal a une histoire à elle seule. Conservée par la famille de Loúis, elle est mise en vente par son petit-fils chez Christie’s en avril 2012 ; la Fondation Stavros Niarchos l’achète 541 250 livres et la confie au public grec. Elle est aujourd’hui exposée au musée de l’Acropole, à Athènes.
Une femme, Stamáta Revíthi, a couru le même parcours en dehors de la compétition, le lendemain de la course officielle : les femmes n’étaient pas admises à l’épreuve.
Londres 1908 : d’où viennent les 42,195 km
Pendant les premières olympiades, la distance varie d’une édition à l’autre, autour de 40 km, au gré du parcours disponible. Elle se fixe presque par accident, à Londres.
Le 24 juillet 1908, le départ est donné sur la pelouse du château de Windsor et l’arrivée est jugée dans le stade de White City, devant la loge royale. Le parcours mesure 26 miles jusqu’au stade, plus 385 yards sur la piste, soit 42,195 km. Ce sont ces quelque 2 km de plus, liés au point de départ et à l’emplacement de l’arrivée, qui ont donné au marathon sa distance définitive.
La course reste aussi dans l’histoire pour son arrivée. L’Italien Dorando Pietri entre le premier dans le stade, se trompe de sens, tombe plusieurs fois et franchit la ligne soutenu par des officiels. Sur réclamation américaine, il est disqualifié, et la victoire revient à l’Américain Johnny Hayes en 2 h 55 min 18 s. La reine Alexandra remet le lendemain à Pietri une coupe dorée en reconnaissance de sa course.
| Jeux olympiques | Distance du marathon |
|---|---|
| Athènes 1896 | environ 40 km |
| Londres 1908 | 42,195 km (26 miles 385 yards) |
| Anvers 1920 | 42,75 km selon le rapport officiel |
| Paris 1924 | 42,195 km, distance réglementaire |
1921 : une distance officielle, et une course pour tous
Les écarts de parcours rendaient les chronos incomparables. En 1921, la fédération internationale d’athlétisme (l’IAAF, aujourd’hui World Athletics) fixe la distance officielle du marathon à 42,195 km, celle de Londres 1908. Les Jeux de Paris 1924 sont les premiers à l’appliquer comme règle, et elle n’a plus changé depuis.
D’autres épreuves comptent dans l’histoire de la distance. Le marathon de Boston, couru chaque année depuis 1897, est le plus ancien marathon annuel au monde. Le marathon olympique féminin, lui, n’apparaît qu’aux Jeux de Los Angeles en 1984 : il aura fallu près de 90 ans pour que la course de Bréal soit ouverte aux femmes aux Jeux.
C’est aussi cette distance fixe qui a rendu possibles les records : la progression du record du monde du marathon n’a de sens que parce que tout le monde court les mêmes 42,195 km. Le principe est le même que pour le semi-marathon, défini comme la moitié exacte, 21,0975 km.
Le Spartathlon : la course qui suit vraiment Hérodote
Si la course de Marathon à Athènes est une légende, celle d’Athènes à Sparte est écrite noir sur blanc chez Hérodote. En 1982, un officier de la Royal Air Force britannique, John Foden, part d’Athènes avec deux collègues pour vérifier qu’un homme peut parcourir la distance dans le délai décrit par l’historien. Il atteint la statue de Léonidas, à Sparte, au bout de 36 heures.
L’expérience donne naissance dès 1983 au Spartathlon, une course internationale d’environ 246 km entre Athènes et Sparte, avec une barrière horaire de 36 heures. C’est l’une des épreuves d’ultra les plus exigeantes au monde, dans la même famille que la Barkley ou la Diagonale des Fous. Ironie de l’histoire : la seule course fidèle aux textes antiques est près de six fois plus longue que le marathon.
Ce que l’origine du marathon dit à ceux qui le courent
Le mythe du messager mort à l’arrivée a forgé l’image du marathon comme une épreuve à la limite de l’humain. Elle ne correspond plus à la réalité : chaque année, des centaines de milliers de personnes terminent un marathon après une préparation de plusieurs mois. La distance reste longue, et le fameux mur du marathon, vers le 30e kilomètre, rappelle qu’elle se prépare.
Pour passer de l’histoire à la pratique, la méthode et les durées de préparation sont détaillées dans notre guide pour préparer un marathon.
Questions fréquentes
Quelle est l'origine du marathon ?
Le marathon tire son nom de la bataille de Marathon (490 av. J.-C.) et de la légende d’un messager qui aurait couru jusqu’à Athènes pour annoncer la victoire. La course a été inventée par le linguiste français Michel Bréal en 1894 et disputée pour la première fois aux Jeux olympiques d’Athènes, le 10 avril 1896.
Pourquoi le marathon fait-il 42,195 km ?
Parce que c’est la longueur du parcours des Jeux de Londres en 1908 : 26 miles du château de Windsor au stade de White City, plus 385 yards sur la piste jusqu’à la loge royale. La fédération internationale d’athlétisme a adopté cette distance comme règle officielle en 1921.
Qui a couru le premier marathon ?
Selon la légende, un messager grec, nommé Euclès ou Philippidès selon les auteurs, entre Marathon et Athènes. Le premier marathon disputé comme une course a été gagné par le Grec Spyrídon Loúis, aux Jeux d’Athènes de 1896, en 2 h 58 min 50 s.
Philippidès a-t-il vraiment couru de Marathon à Athènes ?
Rien ne le prouve. Hérodote, le seul historien proche des faits, le fait courir d’Athènes à Sparte, plus de 200 km, avant la bataille. Le messager mourant de Marathon à Athènes n’apparaît que chez Plutarque et Lucien, cinq à six siècles plus tard.
Quelle distance faisait le premier marathon ?
Environ 40 km, la distance entre le village de Marathon et le stade Panathénaïque d’Athènes. La distance a varié d’une olympiade à l’autre jusqu’à sa fixation officielle à 42,195 km en 1921.
Qui a inventé le marathon ?
Michel Bréal, linguiste français et spécialiste de la Grèce antique. Il a proposé la course au congrès de la Sorbonne de 1894, qui a rétabli les Jeux olympiques, et offert une coupe en argent au vainqueur.
Julien Rommelard écrit Positive Nation. Ni médecin, ni coach diplômé : un pratiquant de 50 ans qui documente ses reprises, cite ses sources et corrige ses erreurs. Sa méthode et ses limites sont détaillées sur la page à propos.
