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Interview de Gilles Spagnol: à la conquête du podium d’une des courses les plus dures au monde à 51 ans

Son humilité et son calme frappent au premier abord. Pourtant, à 51 ans, il termine sur le podium d’une des courses les plus difficiles au monde. Gilles Spagnol est un coureur de trail d’ultra endurance pas comme les autres. Il a accepté de répondre à mes questions. Découvrez comment il gère sa motivation, s’entraîne et s’alimente.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de lui. Il est du genre discret. Pourtant, son histoire force l’admiration. A 45 ans, Gilles Spagnol se fixe un objectif un peu fou. Monter sur le podium de l’UTMB, dans sa catégorie, pour son 50e anniversaire. L’UTMB (de son vrai nom Ultra Trail du Mont Blanc) est LA course mythique pour les coureurs de trail. Ses 160km s’étirent autour du massif du Mont Blanc pour un dénivelé de 10.000m… Excusez du peu. La finir est déjà un exploit qui demande des années de préparation. Monter sur le podium est simplement inaccessible pour la grande majorité des coureurs. Lui, il s’est donné les moyens d’y arriver.

Un bon capital de départ

Soyons clair, Gilles a de (très) bonnes aptitudes physiques naturelles. Il fait du sport depuis qu’il est jeune. Coureur de qualité, il a couru le marathon de Barcelone en 2h42’. Gilles a aussi le goût de l’aventure et aime la montagne. On le comprend, il est originaire de la région du Mercantour (sud des Alpes). Ce contexte favorable lui donne envie de courir en montagne pour se faire plaisir. Il se passionne alors pour le trail!

Motivation hors norme

Inspiré par les grands coureurs de ce monde, comme Kilian Jornet, Gilles veut se lancer à l’assaut des 160km de l’UTMB. Cette célèbre et magnifique course autour du Mont Blanc, va alors devenir son objectif. Il décide d’être au départ de l’édition 2016. Pour ses 50 ans, il a l’ambition de monter sur le podium dans sa catégorie.  Waouw!

Nous sommes en 2011 quand il se fixe cet objectif. 5 ans de préparation l’attendent.

La capacité à se fixer des objectifs sur le long terme (dans un monde où tout est immédiat) est une des grandes qualités des champions. Si le sujet vous intéresse, lisez cet article qui explique comment les sportifs de haut niveau gèrent leur motivation.

PN: Comment t’es-tu préparé physiquement?

Gilles: Vu l’objectif,  je me suis tourné vers un coach qui m’a fait un plan d’entraînement sur mesure. Globalement, il était composé de: 4 sorties de course par semaine, 1 sortie vélo, de la muscu en salle et du gainage. On combinait des semaines d’intensité « faible », moyenne et intense. Lissé sur une année, cela représente 7h d’entraînement par semaine.

Perso, je m’attendais à un volume d’entraînement plus important. Ce à quoi Gilles répond: Sur de l’ultra, la charge d’entraînement compte proportionnellement moins que sur des courses plus courtes. Il y a tellement d’autres paramètres qui interviennent. 

En parallèle, il augmente les distances des courses auxquelles il participe. En 2014, il a déjà beaucoup progressé. Il finit avec brio une course de 120km sur le Mont Blanc (la TDS, pour les connaisseurs). Il est alors à 2 ans de son objectif.

PN: Comment t’alimentes-tu?

Gilles: Je soigne mon alimentation mais fais quand même des écarts (rires). Je ne suis pas un pro! Au quotidien, j’ai une alimentation assez saine. Je mange beaucoup de fruits et légumes, du poisson et j’essaie de limiter les féculents. Au petit-déjeuner, c’est fruits frais de saison et secs.

Jour J

Fidèle à son objectif, Gilles prend le départ de l’UTMB 2016. Problème, les choses tournent rapidement mal. Une douleur au talon d’Achille le fait souffrir. Malgré sa longue et minutieuse préparation, il abandonne au 50e km… On serait tenté de penser qu’après autant d’efforts, Gilles va s’effondrer. Il n’en est rien. Après une petite période de mou, il se donne déjà rendez-vous l’année suivante. En 2017, nouveau départ pour lui sur l’UTMB. Cette fois, il ira au bout de son rêve!

Le petit film ci-dessous retrace les 2 courses. Regardez bien le passage à la 10e à la 13e minute. Au 50e km, Gilles est forcé à l’abandon à cause de la douleur. On l’entend prononcer cette phrase « Hors de question de s’arrêter là, il faut y revenir! ». Ce passage m’a beaucoup impressionné. Au moment où il contraint à l’abandon après 5 années d’efforts, il ne renonce pas. Non, il reste sur son objectif. Son moral est intact. Gilles a un mental de gagnant. Cette volonté le poussera jusqu’à la ligne d’arrivée l’année suivante. Respect.

 

PN: Pourquoi tout ça? Pourquoi cet objectif?

Gilles: Courir l’UTMB, c’est le rêve de tout trailer et c’était aussi le mien. J’ai l’âme d’un compétiteur et j’aime voir comment mon corps est capable de s’adapter à l’effort. Sortir de ma zone de confort pour rechercher mes limites, c’est ça qui me pousse.

Nouvel défi?

Bien sûr! Gilles a un autre gros objectif en tête. Cette fois, l’enjeu est différent. En septembre, il tentera d’établir un nouveau record de la traversée du massif du Mercantour en solo (212km pour un dénivelé de 10.000m). Pour cela, il devra passer le point d’arrivée en moins de 47h31’.

Parc national du Mercantour

 

PN: Tes conseils pour bien courir?

Gilles: Pour apprendre à bien courir, mon premier conseil, c’est de se fixer des objectifs accessibles et d’y aller doucement. Le corps a besoin de temps pour s’adapter, il faut lui donner. Il faut aussi trouver sa zone de plaisir. On a chacun la nôtre. Si on ne l’identifie pas, on ne peut pas progresser.

PN: Et en Ultra?

Gilles: Idem, il faut se donner du temps. En course, on ne sait jamais comment ça va se passer. Il faut progresser lentement en capitalisant sur les expériences pour passer les caps difficiles et ne pas décourage son corps. Je vois trop de jeunes qui se lancent directement sur des longues distances. Je pense que c’est aller trop vite. Vraiment, il faut y aller doucement!

 

Merci, Gilles pour cette discussion très inspirante. Nous suivrons tes prochaines aventures.

Interview réalisée en avril 2019.